Mouchoir(s) de cave

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Mouchoir de 2,04 par 2 mètres constitué de mouchoirs anciens. Brodé à la machine. Environ 6000 mètres de fil à broder. 115H de travail. Dentelle de Caudry noire. Navettes brûlées

Collaboration avec Amélie Carvalho

Les mulquiniers (paysans-tisseurs de caves) ont disparus au début du XXe siècle. En sillonnant les rues des villages, vous découvrirez de nombreuses fenêtres voûtées, murées, au niveau des soubassements. Les quelques habitants qui s’en souviennent les appellent les blocures. Ces fenêtres permettaient aux rayons du soleil d’éclairer la cave froide et humide. Dans cet environnement hostile pour les corps et les mains, les fils de lin s’enchevêtraient sur des métiers en bois, afin de former draps, parures ou mouchoirs. Ces derniers sont, pour l’artiste, le symbole de cet artisanat difficile où les tisserands confectionnaient le réceptacle de leurs douleurs et leurs larmes. Après la première guerre mondiale, l’activité s’évapora face à la concurrence de l’est. Les métiers à tisser se sont consumés dans les flammes afin de se chauffer. Désormais, l’industrie et les usines déplaceront les travailleurs. La vie au sein des villages changea.

Les mouchoirs en tissu collectés auprès des habitants sont les matériaux qui composent cette installation. Aujourd’hui, cet objet reste dans les placards de nombreuses familles, mais à une époque, il caractérisait un milieu social, un événement joyeux (baptême ou mariage) ou tragique (deuil). Chaque morceau de tissu avait ses codes, ses usages, ses coutumes. Les monogrammes brodés, la dentelle, le fil de lin, le coton usé, les trous, les rapiècements, les tâches sont autant d’indices de ce qui était autrefois une raison de vivre.